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Brexit : attentes et réalités pour la finance française et européenne

Rappelons-nous : le 29 mars 2017, l’annonce du Brexit faisait planer le doute sur la durée de vie de l’hégémonie de Londres en tant que première place financière d’Europe, et a fortiori du monde. C’est chose faite désormais, puisque depuis fin 2018 New York est passée devant Londres. Est-ce à dire que Londres n’est plus, et que Paris ou Francfort lui succèdera ? Une question qui n’est pas sans réponse au vu des récentes évolutions financières mondiales, qui continuent leur tendance déjà amorcée avant un Brexit repoussé pour la troisième fois le 29 mars dernier.


Les attentes


Les banques qui délocaliseraient leur siège pourraient le faire à l’avantage de Paris et donc au désavantage de l’autre grande place financière d’Europe : Francfort. En cause, la rigidité des recrutements en Allemagne. Il faut en effet un préavis de trois mois aux salariés allemands avant de démissionner. Un temps précieux que les banques ne peuvent s’offrir. De ce fait, les recrutements risquent de se faire sur le territoire français. Sans oublier les règles prudentielles de l’Autorité fédérale de supervision financière (équivalent allemand de l’Autorité des Marchés Financiers française), obligeant les banques à disposer d’une équipe d’experts en risques et en compliance (fonction ayant pour but de s’assurer que la banque respecte l'ensemble des devoirs et des règles de conduite qui lui sont applicables).


La réglementation française, elle, n’impose pas de préavis de trois mois dans le cas d’une rupture à l’amiable, ce qui rajoute au charme de Paris pour les banquiers anglais. Paris serait-elle alors en passe de devenir la première place de trading d’Europe, comme le soulignait un article du Financial Times (Paris set to triumph as Europe’s post-Brexit trading hub) ?


BlackRock et JPMorgan Chase sont prêts à imiter Bank of America, avec sa nouvelle salle des marchés parisienne forte de 1000 collaborateurs.


Une bonne nouvelle pour la finance française donc. Cela dit, le Brexit seul ne pouvait pas déterminer les banques anglo-saxonnes à venir s’installer à Paris. Francfort et Dublin sont aussi en lice. Mais c’est sans compter sur le gouvernement ; le FT souligne l’attrait non négligeable que suscitent, outre-Manche, les réformes économiques du président Emmanuel Macron :

- La Loi de finances 2018, instaurant une baisse progressive du taux normal de l’IS (impôt sur les sociétés) pour l’établir à 25 % à compter de 2022.

- Les régimes fiscaux incitatifs pour les expatriés.

- La simplification des procédures pour obtenir une licence bancaire française de la part de l’AMF.


De plus, le président Macron a pu s’entretenir à l’Élysée avec le PDG de BlackRock, Lawrence Fink. Une autre démonstration, en acte, de son fameux mot lors du dernier Forum économique mondial de Davos : « France is back ».


Cette vague de délocalisations d’emplois, une fois enclenchée, s’accompagnera nécessairement de celle des intermédiaires financiers comme les services de trading haute fréquence, brokers, proprietary trading (investisseurs pour compte propre), services de fintechs (technologies appliquées à l’industrie financière). Tout comme le départ de Londres pour Paris de l’Autorité bancaire européenne en 2019.


La réalité


Toujours est-il que depuis l’annonce du Brexit, c’est surtout l’Allemagne et le Luxembourg qui ont raflé la mise des transferts d’emplois depuis 2017. Paris ne remplacera donc pas au pied levé Londres comme première place financière d’Europe. Si les bulge brackets (les banques d’investissement les plus importantes) demandent effectivement des licences bancaires en France, il ne faut pas non plus s’attendre à des transferts de postes massifs. Les banques préfèrent répartir leurs effectifs dans les différentes places financières européennes, à l’instar de Citigroup ; l’exception étant constituée par Bank of America et ses investissements dans des bureaux pouvant accueillir 1000 personnes dans la capitale.


Des avantages pour Paris donc, mais des désavantages pour l’équilibre financier de l’UE car cette concurrence financière intra-européenne risque de fragiliser les marchés financiers de l’Union. Notamment sur les marchés de produits dérivés (instrument dont la valorisation dépend de la valeur d'un autre instrument), grande spécialité de la finance londonienne. L’UE pourrait alors souffrir de marchés financiers trop fragmentés, synonymes de risques. De plus, deux systèmes de règlementations coexistant en Europe, l’anglais et celui de l’UE, pourraient conduire à une augmentation du risque systémique, comme le pointait la note du CAE n°45 de décembre 2017. Une relocalisation des marchés de produits dérivés, en plus des postes attendus de trading, serait donc à souhaiter, pour la bonne santé financière de Paris et de l’UE.


Erwan BLONDEL, Auditeur, Mandat 2019-2020.

Membre de la Confédération européenne des Junior-Entreprises (JADE)



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