• Neoma Reims Conseil

L’industrie du bio : un oxymore ?



Développer une production agricole excluant les produits chimiques de synthèse et les organismes génétiquement modifiés, telle a été l’ambition de l’agriculture dite biologique depuis ses prémices dans les années 1970. Théorisée initialement comme une alternative au modèle productiviste, elle s’est pourtant largement développée dans nos grandes surfaces depuis plus de 10 ans sous l’effet d’une demande de plus en plus forte. La mode du Bio a pris racine dans nos habitudes de consommation, si bien qu’en 2019 plus de 90% des français déclaraient avoir consommé Bio au cours de l’année, et 71% déclaraient en consommer au moins une fois par mois selon l’agence Française pour le Développement et la Promotion de l'Agriculture Biologique. En 2018 selon cette même agence, près de la moitié des produits issus de l’agriculture biologique étaient distribués par la grande distribution, quand seulement 17% l’était en circuit court ou par voie directe, le reste étant distribué par les filières dites spécialisées (magasins bio types Biocoop, La Vie Claire, etc.). De là semble naitre un paradoxe : alors que plus de 2 millions d’hectares sont cultivés en Bio chaque année en France, la promesse initiale du Bio, à savoir l’émergence d’un modèle alternatif, local, à l’opposé du productivisme et de l’agriculture intensive semble compromise. L’opposition apparait alors de plus en plus nette entre le Bio vendu sous label européen (AB) et La Bio vantée par les filières spécialisées et les circuits courts comme un retour aux sources de cette philosophie originale.


Dès lors, est-ce la nouvelle industrie du Bio estampillée AB qui va à l’encontre des principes fondateurs de l’idéal Bio ou bien est-ce cet idéal fantasmé qui est inadapté à la contrainte de nourrir 250 millions d’Européens à des prix raisonnables ? En somme, que vaut le pari du Bio dès lors qu’il s’éloigne des marchés de niche ?


Un Label Européen critiqué


Les labels « Agriculture Biologique » et « Eurofeuille » font foi dans nos grandes surfaces, ils garantissent aux consommateurs le respect d’un cahier des charges précis. C’est sur ce cahier des charges que pèse certaines controverses : certains additifs et conservateurs restent par exemple autorisés (53 additifs autorisés contre 300 pour l’agriculture conventionnelle par exemple selon 60 millions de consommateurs). Ces labels ne sont pas les seuls à trôner sur les emballages des produits issus de l’agriculture biologique : d’autres labels comme le label Nature & Progrès, le label demeter ou encore le label Bio Cohérence existent, tous garantissent le respect d’un cahier des charges différent, difficile de s’y retrouver pour le consommateur.


Au-delà du label, c’est toute une stratégie qui semble montrer la nouvelle évolution du Bio : la commercialisation à grande échelle du Bio due à l’explosion de la demande entraine nécessairement une recherche de productivité. Des logiques de compétitivité prix apparaissent pour le rendre accessible à tous, pouvant parfois peser sur les producteurs ou sur le niveau des exigences autour de la qualité des produits. De surcroit le Bio s’est mondialisé et on trouve désormais dans nos rayons des produits dits Bio provenant de l’autre bout du monde : on est alors bien loin de l’idéal écologique de départ. Le Bio en se développant serait-il donc retombé dans les travers de l’agriculture intensive ? Même si c’est loin d’être le cas, l’arbitrage entre qualité, quantité et prix n’est pas partout le même, entrainant des visions différentes du Bio. Là où la grande distribution semble avoir voulu faire du Bio une gamme abordable pour le plus grand nombre, les tenant de La Bio ont davantage mis l’accent sur la qualité pour se poser comme une alternative au désormais « mainstream » label AB.


Le Bio est mort, vive La Bio ?


La Bio s’est développée depuis 1995 en opposition avec le label AB en prônant le respect de la terre, des saisons, d’une certaine justice sociale pour les producteurs, ainsi qu’en favorisant les filières courtes. Des filières spécialisées, comme les magasins bio se sont multipliées en l’espace de quelques années et mettent à l’honneur d’autres labels, notamment Bio Cohérence, garantissant un cahier des charges plus strict, en accord avec l’idéal Bio original. Ce choix ne se fait pas sans sacrifice, les magasins spécialisés sont en moyenne plus chers que les grandes surfaces. Selon une étude de 2017 d’UFC que Choisir, un panier composé de 30 produits bio équivalents était en moyenne plus cher de 28% dans ces magasins.


Cette bataille des labels montre surtout deux visions de l’Agriculture Biologique : une conception « distributive » qui vante la démocratisation du bio par la standardisation et la baisse des prix. Et une conception « idéaliste » qui place en priorité l’aspect local et le respect de normes plus strictes au risque de se rendre moins accessible. Pourquoi ces visions souvent opposées ne seraient-elles pas complémentaires ?


Quelles différences réelles pour le consommateur ?


Malgré les différences auparavant évoquées, les produits Bio, même vendu en grande surface, semblent toujours être d’une qualité supérieure aux produits dits conventionnels. Certes les produits ultra-transformés, même certifiés Bio, restent aussi néfastes pour la santé, notamment à cause de leur teneur en sucre, en graisses, et en sel, voir à cause de la présence de certains additifs selon les études de 60 millions de consommateurs d’août 2019. Néanmoins les produits Bio non transformés présentent beaucoup d’avantages. Ainsi les fruits et légumes frais et bio contiendraient selon cette même étude, peu voire pas du tout de résidu de pesticides, des résultats très satisfaisants par rapport aux fruits et légumes conventionnels, que ce soit pour les produits Bio des grandes surfaces ou ceux des magasins spécialisés.

A condition de faire attention aux produits transformés ou importés, le consommateur soucieux de sa santé sera gagnant en consommant Bio. Ces considérations sont déjà des priorités aux yeux des clients : 7 français sur 10 consommaient des produits Bio provenant de France en 2018, selon Agence Bio.


Ainsi la dénomination Bio et les labels associés, bien qu’hétérogènes, restent signe d’une qualité qu’on ne retrouve pas dans les produits conventionnels. Le Bio a dépassé le stade de la mode, c’est un phénomène de société qui s’est imposé dans nos assiettes. Les bienfaits sanitaires et écologiques procurés grâce à la réduction des pesticides qu’il impose sont avérés, quel que soit le label ou le réseau de distribution. Plus que jamais le Bio ne décrit plus une gamme uniforme de produit mais un ensemble d’engagements, qui sont à mettre en relation avec d’autres paramètres. En d’autres termes le Bio ne se suffit plus à lui-même, et le consommateur averti, qu’il se fournisse en grande surface, en magasin spécialisé ou par voie directe, doit désormais prendre en compte d’autres variables en évitant les produits industriels, importés, ultra-transformés, et sur-emballé. Le Bio est mort : vive Les Bios.



Vous souhaitez créer votre entreprise dans ce secteur, effectuer une étude de marché pour connaître les éventuels clients de votre magasin Bio ou bien évaluer la satisfaction des clients de votre grande surface ? Nous réalisons des études personnalisées et adaptées à vos besoins.

Benjamin LEGER

Sources :

http://www.agencebio.org/wp-content/uploads/2019/06/DP-AGENCE_BIO-4JUIN2019.pdf

https://journals.openedition.org/economierurale/3708

https://pyreneesorientales.ufcquechoisir.fr/wp-content/uploads/sites/46/2017/11/Rapport-denquête-prix-Bio-juin2017.pdf

https://www.60millions-mag.com/kiosque/le-meilleur-du-bio

http://www.agencebio.org/vos-outils/les-chiffres-cles/

75 vues
Logo blanc complet NRC.png
  • White LinkedIn Icon
  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • Blanc Icône Instagram

06.77.83.09.28

59 rue Pierre Taittinger 51100 Reims

© Neoma Reims Conseil,  association loi 1901 de type Junior-Entreprise

Tous droits de reproduction réservés.