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Le Champagne en Russie, un marché à l'avenir florissant ?

Mis à jour : mai 8



La récente rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine jeudi 24 mai marque le réchauffement des relations bilatérales fortement altérées ces dernières années. Tout porte à croire qu’une nouvelle période de relations diplomatiques et économiques plus apaisées est à portée de main. Malgré les difficultés qui entravent le commerce entre les deux nations, le marché russe recèle de perspectives pour le Champagne français.

La venue d’Emmanuel Macron dans la « plus occidentale » des villes Russes, Saint-Pétersbourg, pour y rencontrer Vladimir Poutine, n’avait à l’origine rien d’une partie de plaisir. Lors de la première visite en Russie sur son mandat, le Président français y a rencontré un Poutine en position de force après sa confortable réélection de mi-mars. D’autant plus que les relations entre la Russie et la France, fortement détériorées depuis la crise ukrainienne de 2014, n’ont jamais retrouvé une pente ascendante durable. De plus, la récente tentative d’assassinat d’un ancien agent des services secrets russes en Angleterre imputée à la Russie a exacerbé les tensions entre cette dernière et l’UE. La France, en soutien à son allié anglais avait décidé d’expulser 4 officiels russes de son territoire. En résumé, les terrains de confrontation ne manquaient pas.


Il est aujourd’hui difficile de dresser un bilan objectif des résultats de la rencontre.

Au cours de la visite du Président français, une cinquantaine d’accords auront été signés dont le plus important concerne Total. Le groupe français a pris part à hauteur de 10% dans un projet de grande ampleur du géant pétrolier Novatek. La France reste aujourd’hui le premier investisseur en Russie. Plus de 500 entreprises françaises y sont installées où elles emploient plus de 170 000 personnes. Et la tendance est plutôt à la hausse depuis les problèmes de conjoncture économique de 2015 : en 2017 les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de 17%, malgré l’embargo imposé sur de nombreux produits alimentaires occidentaux. Ainsi, alors que de très nombreux contentieux politiques et économiques pèsent sur les relations entre les deux pays, les liens commerciaux conservent leur dynamique. La solidité et les opportunités qu’offre ce pays semblent plus fortes que les dégradations temporaires des relations politiques.


Le Champagne a lui aussi beaucoup à espérer du marché russe. Il fait partie des marchés où l’augmentation des importations de champagne en valeur et en volume est la plus forte. Ainsi en 2016 la Russie a importé 239 000 bouteilles de plus que l’année précédente pour une augmentation de valeur de 4.3%. Elle se positionne ainsi à la 17e place des principaux marchés extérieurs, à 3 rangs au-dessus de son classement de l’année précédente.


Pourtant, le champagne représente encore une très maigre part des ventes de vins mousseux en Russie – moins de 2%. Plusieurs raisons expliquent ce faible pourcentage : bien que la Russie des Tsars était le premier marché du champagne au cours du XIXe siècle, elle développa par la suite un secteur du crémant produit localement qui domine aujourd’hui largement le marché intérieur. De bien moindre qualité pour la plupart, mais aussi bien plus économique, ce « champagne soviétique », appelé Champaskoe - traduction littérale de Champagne - représente un puissant adversaire. Il n’est pas le seul pourtant. Les crémants étrangers, italiens particulièrement, attirent aussi les convoitises des consommateurs russes. Les proportions vendues sont nettement supérieures à celles du champagne, et la variation des chiffres d’importation des Proseccos reste au-dessus du champagne (20% contre 16% en 2016). Ce phénomène est expliqué principalement par la différence des prix : si les champagnes français conservent une image de marque propre aux produits de luxe, les prix sont nettement supérieurs aux crémants russes ou italiens.


Une bonne nouvelle cependant : en 2010 le CIVC (Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne) remporte une bataille juridique contre les crémants russes qui portent l’appellation "Champagne", en lettres latines ou cyrilliques ou même la mention méthode champenoise : ces derniers devront abandonner ces mentions au plus tard en 2022. La position d’exclusivité du Champagne devrait s’en trouver renforcée.


L'ensemble des éléments précédents corrélés à l’augmentation de la population russe, à l’extension de la classe moyenne et supérieure, aux perspectives d’un retour à la normale politico-économique francorusse et à la taille du marché des crémants / champagnes, le marché russe offre de nombreuses opportunités au secteur du Champagne. Pourtant son développement reste soumis à des facteurs externes fluctuants et imprévisibles, comme les relations ambiguës entre l’Union Européenne et la France d’un côté et la Russie de l’autre.


Rédigé par Enguerrand Prévost, Membre de NRC



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