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Le télétravail, nouvel enjeu pour les entreprises françaises dans leur gestion de sortie de la crise


La crise sanitaire du Covid 19 a bouleversé le monde du travail. Si le télétravail était pratiqué par un petit nombre de travailleurs en France avant la crise sanitaire (avant le Covid en 2019, 4% des salariés télétravaillent au moins une fois par semaine), c’est plus de 31% des salariés qui le pratiquent en décembre 2020.

Le télétravail est un élément essentiel que les entreprises vont devoir prendre en compte dans leur manière de gérer la sortie de crise.


Quand il peut être pratiqué, le télétravail possède des avantages. Il évite les déplacements entre le domicile et le lieu de travail. Ainsi certains travailleurs se disent moins stressés lorsqu’ils entament leur journée de travail sans avoir eu à transiter et se disent plus productifs. Selon l’Institut Sapiens, le trajet aller-retour domicile-travail d’un Français dure en moyenne 1h et 4 minutes. De fait il est estimé que télétravailler deux jours par semaine représenterait un gain de temps moyen de 100 heures chaque année. Du point de vue de l’entreprise, le télétravail à long terme permettrait de réduire les coûts liés à l’immobilier, ce qui est un gain financier non négligeable. En effet, toujours selon l’Institut Sapiens, à long terme, 2 jours de télétravail par semaine permettraient aux entreprises de diminuer la surface de bureaux de 36%.


Cependant, le télétravail ne fait pas l’unanimité. Alors que la satisfaction vis-à-vis du télétravail avait une note de 8/10 fin 2019, elle a une note de 7,2/10 en décembre 2020. De plus, le télétravail est vécu différemment selon l’accompagnent des entreprises envers leurs salariés. 56% des télétravailleurs se sentent plus engagés lorsqu’ils travaillent sur site car ils se sentent mieux accompagnés. En outre, les conditions de travail ne sont pas optimales dans tous les foyers et certains salariés trouvent inenvisageable d’avoir à travailler ne serait-ce que un jour par semaine en télétravail sur le long terme. Les causes de ce refus sont diverses : enfants en bas âge, mauvaise connexion, lieu de résidence trop petit etc… Enfin, le télétravail donne lieu à un débat quant à l’éligibilité de son poste au télétravail. En effet, 64% des actifs en France sont non éligibles au télétravail, 27% sont éligibles et 9% éligibles sous conditions. Ainsi les entreprises doivent gérer en interne les revendications des actifs qui voudraient être en télétravail mais qui ne peuvent pas et qui s’estiment défavorisés face aux actifs qui sont en télétravail. Cependant, le mal-être au travail et les revendications ne sont pas propices à une production optimale des entreprises or les entreprises ont besoin d’être productives pour sortir de la crise actuelle.


Comment manager avec le télétravail ?


Telle est la grande question à laquelle les entreprises françaises doivent répondre au-delà des avantages et inconvénients du télétravail. Les accords de télétravail se multiplient (d’après l’ANDRH, 1 400 accords étaient signés en 2019 contre 24 000 en 2020). « On passe d’un management basé sur le contrôle à une culture de la confiance. Les évaluations et les promotions ne se feront plus de la même façon » affirme Audrey Richard, présidente de l’ANDRH. Il existe tout de même différents moyens d’évaluer l’efficacité des collaborateurs à distance : mesurer le temps de connexion, mesurer le nombre de dossiers traités, le nombre de mails envoyés, etc. Un manager qui se retrouve loin de ses équipes n’est pas pour autant démuni. Il lui est toujours possible d’utiliser des moyens de contrôle, il faut juste savoir les choisir en fonction de leur pertinence par rapport aux tâches de chaque collaborateur et c’est là l’enjeu majeur pour le manager.


D’après l’étude « Travail à distance, l’avènement de la confiance », la difficulté de contrôle et de suivi des collaborateurs représente un inconvénient pour 35% des manageurs répondants. Quand les manageurs choisissent de n’évaluer la productivité de leurs collaborateurs que par des rendus chiffrés (nombre de dossiers traités par exemple) ils doivent s’assurer de donner des objectifs réalistes pour ne pas exercer une pression néfaste sur un collaborateur qui croirait que son travail n’a pas de valeur. C’est donc l’accompagnement global des salariés qui doit être repensé sachant que le bien-être des collaborateurs est essentiel pour la bonne productivité des entreprises.


Mais ce tournant n’est pas facile à prendre, car comme le souligne le sociologue du travail Alain d’Iribarne « En France, la gestion des entreprises est encore de la vieille école. Les manageurs militent pour un retour des salariés en présentiel, en contradiction avec les directeurs administratifs et financiers qui voient dans le télétravail une occasion pour réduire le coût de l’immobilier ».



Alexandre Ramon-Baldié

Auditeur


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